A toi, monsieur, madame ou mademoiselle, pantin, clown ou caveau, à toi enfin, qui que tu te sois
fait, je m'offre ici le plaisir de répondre à tes remarques, à tes critiques ou à mes blessures.
Pour peu que tu aies été attentif, tu as dû constater que ce site n'a pas beaucoup évolué depuis
sa création il y a bientôt 4 ans, chose que tu ne t'es d'ailleurs pas privé(e) de me faire remarquer,
et pas toujours avec délicatesse. Peu t'importe pourtant, ça n'est qu'un instant de ta vie, aussi vite
vécu qu'oublié. Tu ne connais pas ta chance...
Moi, j'y suis en représentation permanente, sous l'œil compagnon de Caïn, mon troisième œil, le
tien. Je m'offre à ta scrutation sans que tu n'y prennes forcément garde, sans que tu mesures ton
importance, sans même que tu en aies.
C'est dur, monsieur, madame, de rester nu et stoïque devant toi. Tu souris, tu fronces un peu
les sourcils, tu passes à autre chose et ce sont autant de menaces pour moi.
"Il suffit d'avancer pour vivre" a dit Eluard, avant de se reprendre :
"Vivre n'est que d'aller d'un corps à son néant,
De la forme à la nuit et du sens à
l'oubli."
Quoique ça n'ai rien d'incompatible, à condition de ne l'avoir pas compris.
Avancer vers son néant la fleur au fusil, le fusil à la main et le canon à la tempe, c'est un
programme bien ambitieux pour moi.
Alors j'esquive, je tergiverse, j'essaie de m'oublier marchant. Je me présente à toi aveuglé
d'un rayonnement factice. Je me construit un Autre plus présentable et je te le présente.
Tu n'en veux pas ?
Tu es sûr(e) ?
Bah... je suis doublé d'une armure de mépris à l'épreuve de ton regard, alors va, tire-toi,
éloigne-toi... mais pas trop, "j'étais si près de toi que j'ai froid près des
autres".
Aller, reviens, je suis déjà un autre, je n'ai jamais été qu'un autre. Je peux t'offrir cet autre
que tu fantasmais en silence. Je te promets, j'ai bien écouté tes silences, j'ai pris des notes.
Ça ne suffira pas ?
Oui, je sais, mais j'espérais que toi tu ne saurais pas.
Ma faille est là : je sais.
J'ai mis mon nom là où il ne peut que s'épanouir : sur l'affront. Je t'ai dénié le droit de me
regarder parce que tu n'as pas voulu me voir. Je me suis pris à mon propre piège. Juste retour des
choses ?
...
Tu doutes ? Tu ne vois déjà plus tes remarques, tes critiques ni mes blessures ?
Regarde plus attentivement, Cioran, Eluard, Ferré... ça ne te dit rien ?
Je t'ai parlé de moi à travers eux, quoi donc y lisais-tu ? Ta vie ?..
Oui, sans doute ta vie avant la mienne, mais laisse moi le privilège du premier né : le choix du
sujet. C'est Ma vie qui suinte ici, dans ce cadre propre, derrière ces mots anti-sceptiques, sous le
couvert de la légèreté électronique. Ce Cioran que je t'ai prêté, il s'appelle "reviens". Ces poèmes
que je t'ai offerts, ils s'appellent "résigne-toi". Ces humeurs que je t'ai crachées, elles
s'appellent "regarde-moi".
C'est beau le pathétique, non ?
Et ça n'est pas salissant.
Alors voilà, j'ai lavé ma conscience du costume que je m'étais taillé. J'aime les mots des uns ou
des autres et je t'emmerde si tu partages mes goûts, je t'oublies si tu ne les partages pas.
Que tu aies compris où pas, j'aimerai pouvoir dire que je m'en fout, qu'au fond ça ne compte
pas, mais je me suis livré ici plus que jamais alors sois charitable, s'il te plait, ne dis rien...