le monde n'est pas fini
et quand le vent se lève
notre visage est différent
l'amour défait l'amour
pour devenir plus que lui-même
qui va mourir
sait que la beauté est inexorable
je regarde ton souffle
tu t'évapores
l'obscur du temps est un ongle
derrière l'oeil
il faudrait tenir sa langue
juqu'au commencement du monde
la lumière est terrible
la mer ressasse
tu cherches un point parmi le jour
le présent est sans but
sans contour
et le sommet des pierres
ne connaît pas leur ombre
ce qui m'arrête
n'est que moi
ma tête trop nombreuse
un sens
un doute
il ne suffit pas de voir
le regard a fait tomber de moi
tout le visible
la langue lance vainement un pont
pour réparer
chaque syllabe est l'écho
travesti d'un adieu
pétale d'air
qui es-tu
je manque de toi dans ton nom

Bernard Noël La chute des temps
Chant un